ANFORM GUADELOUPE N85
66 anform ! • juillet - août 2019 Nos enfan © ISTOCKPHOTO Sous pression Alors que la loi interdit la publicité de leurs produits en direction des jeunes, les alcooliers redoublent d'inventivité pour s'attacher ce marché porteur… PAR ANNE DEBROISE Alcool : comment les marques ciblent les jeunes ? I ls sont jeunes, parfois mineurs. Ils ont plus de 100 000 abonnés sur le réseau social Instagram. Et ils posent, une bouteille à la main. C'est de la bière et la marque est bien visible. Fin 2018, l'association Avenir Santé (association nationale qui œuvre pour la santé des 12-25 ans) tire la sonnette d'alarme. Des alcoo- liers établissent des partenariats avec de jeunes influenceurs sur les réseaux sociaux. Selon Cécile Thibert, jour- naliste au Figaro qui a enquêté sur la question, ces jeunes toucheraient quelques milliers d'euros pour une poignée de photos. Pourtant, la publi- cité pour de l'alcool sur des médias destinés à la jeunesse est, en principe, prohibée. La loi Évin du 10janvier 1991 relative à la lutte contre le tabagisme et l'alcoolisme l'interdit dans la presse jeunesse, aux heures où les enfants peuvent êtredevant le poste, et dans les établissements sportifs. Mais cette loi a subi, en presque 30 ans, de nombreux allègements. En 2009, la loi Bachelot autorise notamment la publicité pour les boissons alcoolisées sur internet. Une brèche s'ouvre... INCITATION Reste que le contenu des publicités doit, lui aussi, respecter des règles strictes, rappelle Jacques-François Diouf, spécialiste de marketing social à l'université de Rennes 1 : “La publicité pour l'alcool ne doit mettre en avant que les caractéristiques intrinsèques du produit : son nom, sa marque, la région d'origine, son degré d'alcool, etc.” Toutes les images valorisantes, qui allèguent de bénéfices comme la sensation d’être plus détendu, d'obtenir une valorisation sociale, sont bannies. Et enfin, toute publicité doit porter l'avertissement sanitaire : “L'abus d'alcool est dangereux pour la santé.” Sur internet et les réseaux sociaux, la loi est particulièrement malmenée.La sub- jectivité est de mise, l'alcool associé à des moments de plaisir, mis en avant par des icônes, et les avertissements sont souvent “oubliés”. Or, les jeunes sont une clientèle privilégiée pour les alcooliers. Cette population sort, fait la fête, aime découvrir les produits transgressifs. Ils sont, par ailleurs, les clients réguliers de demain. Le mar- keting les cible donc. “Les jeunes sont exposés très tôt aux boissons
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